• 20.000 m2 !
    Un vieux chêne, au milieu des mélèzes.
    - "Eh bien, nous avons heureusement fait le déplacement ! C'est ça son truc, à cette crapule ? Tu parles d'un cadeau !
    - Oui, chéri. mais pourquoi, "crapule" ? Il est très beau, ce chêne, non ?
    - Espèce d'idiote ! Beau ou pas beau, la belle affaire ! Qu'est-ce qu'on peut en faire, dis-moi ? Viens donc ici avec un gros camion, quand tous ces mélèzes ne seront plus que des grumes à enlever, allongées au sol : Comment feras-tu, avec cette verrue qui nous bouffe tout le terrain ?
    - Bouffer tout le terrain ? mais nous avons hérité d'un "grand terrain boisé", de 20.000 m2 ... 20.000 m2, bon sang ! Ce n'est pas pour quelques mélèzes en moins ... Et ce chêne, il est facile de le contourner, non ? J'ai même une idée, tiens : On dégage bien autour du chêne, que nous n'allons pas abattre (Ouf, soupire très fort le vieil arbre). Nous utiliserons les troncs des mélèzes pour construire des cabanes. Tu me suis ? Ensuite ... Tiens, monte sur la dernière grosse branche, là. Ecoute bien. Tu l'entends, le chant des oiseaux ? Nous avons une excellente acoustique, un poste de choix ! Je déplacerai ici mes cours d'accordéon.
    Autour du chêne, des Kabanarépées, où chaque élève pourra travailler ses morceaux sans déranger, dans la solitude et le calme, en toute concentration. Au moment du collectage des exercices, réunion générale dans la cabane-maîtresse, entre les branches, chacun fera apprécier ses progrès, ce sera divin ! Qu'en penses-tu, chéri ?
    - Superbe, génial ! et si ça marche, on augmente le nombre d'élèves, on abat encore des mélèzes encore, encore et encore, et on construit un immense parking, un camping, sans oublier la piscine ...

    -Hé, mais tu délires, là, ou quoi ?

    - Pas d'inquiétude, chérie : Je plaisante ! et pourquoi pas des food-trucks à malbouffe, tant qu'à y faire ? Allons-y donc !"
    Tous deux éclatent de rire : "Allez, faites entrer les pianos à bretelles !"
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  • La "photo convoquée" ...

    Ce qui m'étonne, c'est la pose générale de ce groupe familial : une allure moderne, en fait, si on oublie les vêtements, les bésicles de certains, et la devanture.
    Nous sommes en 1927. Mon père, au premier plan, a six ans. Mon grand-père a "grimpé l'échelle sociale" Jusqu'en 1914 il fabriquait de la charcuterie, qu'il vendait dans les rues de Brest, poussant une carriole (ma grand-mère disait "sa charrette à bras").
    Ce qui me touche est de "revoir" la scène suivante : Le grand-père paternel, Mathieu, a déplié une béquille, son attirail est à présent un étal. Il interpelle les badauds : "Il est chaud, il est chaud, mon boudin !"
    Ce qui me fait sourire : Elles sont désormais nombreuses à s'approcher, la gamelle en main, et se font servir, à la louche, une bonne part de boudin-fumant-avec-sa-sauce. Les discussions vont bon train, bien sûr, car ces étals de rues sont les "radios-lavoirs" de la ville.
    Parfois, changement de menu : ce sera jour des tripes à la bretonne, très chaudes (comment faisait-il ?).
    Quel régal ce devait être, les jours de crachin et de froid ! encore meilleur que les crèpes au beurre qui dégoulinent entre les doigts ...
    Ce qui est surprenant : Je me souviens non pas de cette scène que je n'ai pas connue, bien sûr, mais de l'image que je m'en fais, qui était alimentée régulièrement par les apports de ma grand-mère. Elle m'a raconté (mais où est le vrai... ?) que son Mathieu lançait la cuisson de son boudin dès son lever, et que, préparant tout son attirail, il dégustait, en guise de petit déjeuner, un grand bol de sang tiède, sans cuiller, en s'essuyant la moustache avec CE mouchoir à carreaux. Elle tendait alors vers moi la relique ...
    Les photographies familiales ou professionnelles étaient rares. Ici, le travail et la vie privée se confondent, car toute la famille participait à la tâche, en témoignent les regards effarouchés, sérieux, graves. Peur de l'appareil photo, instant rarissime de la première et sans doute seule photo de la vie ?
    Sur le fronton, au-dessus de la devanture, s'étalent fièrement les grandes lettres de la "Charcuterie Roussin", la plus connue et réputée (évidemment !) du quartier de Kérinou, au bas de Lambézellec.
    Ce qui m'intriguait, tout de même : Mon grand-père Mathieu a "fait" 14-18. Il est mort en 1934, "des suites de gazage", disait grand-mère. Alors je me demandais (naïvement ?) s'il était normal de ne voir sur la photo aucune trace de gazage sur son visage. Cela faisait courir et déborder mon imagination dans des visions épouvantables et même traumatisantes.
    Mais le grand sourire si doux de Grand-mère et ses petits baisers mouillés sur mon front effaçaient tout ...
    Loïc
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  • L'hymne breton : "Bro goz va zadou" (Vieux pays de nos pères)

    La Bretagne partage son hymne avec la Cornouailles (Bro Goth Agan Tasow) et le Pays de Galles (Hen Wlad Fy Nhadau). Les textes sont sensiblement les mêmes, en langues bretonne, cornique et galloise.

    Almanito est Corse, je suis Breton. Ceci crée des accointances, des points de vue souvent assez proches (entre autres : Nous sommes aussi Français !). Elle m'a fait hier un beau présent : l'hymne corse. Nous avons remarqué un point commun entre les deux drapeaux : Le drapeau corse est noir et blanc, le drapeau breton est blanc et noir ("gwen ha du")...

    Créé en 1925 par le militant breton Morvan Marchal, le Gwenn ha du s'affiche désormais comme le symbole incontesté de la Bretagne.

     Neuf bandes alternativement noires et blanches, accompagnées d'un semis d'hermines, neuf pays, neuf évêchés : tel est le Gwenn ha du, le drapeau de la Bretagne. Le noir pour les pays gallo : Rennais, Nantais, Dolois, Malouin, Penthièvre; le blanc pour les pays bretonnants : Léon, Trégor, Cornouaille, Vannetais. Un drapeau synonyme de diversité et d'unité.
     

    Un symbole récent

    Il s'agit cependant d'un symbole récent, né en 1925 sous le crayon de Morvan Marchal. Il est fortement inspiré des armes de la ville de Rennes qui comporte des bandes blanches et noires verticales accompagnées d'un semis d'hermines. L'hermine est un motif que l'on retrouve sur le drapeau du duché de Bretagne dès 1318.

    • Morvan Marchal a imaginé sur cette base un emblème moderne pour la Bretagne.Cette démarche a suscité de nombreuses réactions. Le Gwenn ha du est contesté dès son apparition au sein-même des défenseurs d'une identité bretonne.

    Il aura fallu plus de 50 ans pour que ce drapeau s'impose définitivement et soit débarrassé de toute connotation politique et séparatiste.

     Symboles bretons :
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  • Les DiouFlo ? diou ? parce qu'elles sont deux ! et Flo ? parce qu'elles se prénomment toutes deux "Florence".

    Simple, non ?

    Simple comme leur présence en scène, leur sourire communicatif. Celles et ceux qui pratiquent le diato peuvent apprécier le doigté, le rythme impeccable, et en tirer profit, car ... elles sont aussi professeurs d'accordéon ! Ou cela ? (mais oui, ça vous intéresse !) Dans le Nord-Finistère, à Kerhorre, près de Brest. Musique bretonne (sans bombarde ni biniou), danse ... que demander de plus ? ah oui, le café-gâteaux, avec cidre et kouign amann et crêpes, bien sûr !

    http://diouflo.com/

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  • Edito du numéro #83Novembre 2017
    blog post image

     

    Sur mon fil d’actu, l’autre jour, sont apparus simultanément deux articles de presse qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre, ou presque : les victimes d’Harvey Weinstein commençaient à parler et le magazine féministe français Causette annonçait qu’il risquait de disparaître sans délai. Dans le même temps, des femmes comme vous et moi commençaient à témoigner des violences sexuelles subies, crachaient noir sur blanc les humiliations vécues à 8, 28 ou 58 ans… Enfin, enfin, enfin.
    Mais c’est pas de bol, quand même : alors que j’attends ce moment depuis tellement longtemps, voilà qu’il tombe pile quand je suis à moins d’un doigt de mettre la clé sous la porte. C’est con. Mais je dois vous l’avouer : j’ai toujours bien aimé l’humour noir qui façonne les ironies du sort. Ces blagues à papa du destin. Faciles et pas drôles. Putain de patriarcat cosmique, tiens ! Mais vous êtes belles et bien là, vous. Ainsi, donc, je vois des infirmières, des profs, des smicardes et des étudiantes me donner, avec une joie combative, les 5, 10 ou 20 euros qu’elles n’ont pourtant pas en trop. Pour tenter de sauver ce lieu safe pour les femmes, ce sanctuaire de papier où elles savent qu’elles peuvent se réfugier et où elles se sentent respectées, accueillies, comprises et protégées. Et qui, en bon porte-voix, s’offre à elles comme un outil de lutte, un biais pacifique mais redoutable, ses faits d’armes journalistiques et leurs conséquences concrètes en témoignant. Merci, mille milliards de mercis à vous.
    Vous le savez bien, le 8 mars ou la déferlante post-Weinstein, c’est mon quotidien depuis bientôt neuf années : je sais donc à quel point l’existence même de ces pages n’est pas un luxe, mais une nécessité. Alors, et même si ça n’est pas gagné, ne comptez pas sur moi pour (vous) laisser tomber. Tout en espérant que cet édito ne soit pas le dernier, je conclus comme suit, puis je retourne bosser : quoi qu’il advienne, je n’oublierai jamais quand, en février 2009, nous avons annoncé la parution prochaine d’un féminin sans régimes minceur, sans people et qui, promis et pour une fois, ne prendrait pas les femmes pour des quiches. « Plus féminine du cerveau que du capiton » me présentais-je alors, volontairement prétentieuse et gonflée. Provocatrice pour secouer. Beaucoup ont rigolé, affirmant que ça ne marcherait jamais. Neuf ans qu’ils se trompent. Faisons en sorte, ensemble, qu’ils n’aient jamais raison. Aussi, je continue à me battre. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on le vaut bien, en fait. Et parce que je vous aime.

    On se tient au jus,

    Causette

     POUR "SE TENIR AU JUS" : ICI

     
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  •  C'est qu'au fond, il n'y a qu'une seule race: l'humanité."
    Jean Jaurès 
    "L'affirmation de la paix est le plus grand des combats."
    Jean Jaurès - 1859-1914

     
    Les monuments aux morts pacifistes : 
    http://moulindelangladure.typepad.fr/

      *****   Le cimetière des fous   *****

    Ce cimetière enfanté par la lune
    Entre deux vagues de ciel noir
    Ce cimetière archipel de mémoire
    Vit de vents fous et d'esprits en ruine

    Trois cents tombeaux réglés de terre nue
    Pour trois cents morts masqués de terre
    Des croix sans nom corps du mystère
    La terre éteinte et l'homme disparu

    Les inconnus sont sortis de prison
    Coiffés d'absence et déchaussés
    N'ayant plus rien à espérer
    Les inconnus sont morts dans la prison

    Leur cimetière est un lieu sans raison

      
    Paul Eluard, Asile de Saint-Alban, 1943
    Des anciens combattants " mutilés du cerveau" mais survivants finirent leur vie, abandonnés, dans des asiles psychiatriques comme à Saint Alban en Lozère. Mais on en trouve aussi à Cadillac en Gironde, à Montpon-Ménestrol en Dordogne, à Lesvelec dans le Morbihan...Les cimetières des fous sont peu à peu abandonnés et disparaissent. 
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  • "Celui qui ne se plante jamais n'a aucune chance de pousser". - Proverbe arabe.

    "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait". - Mark Twain.

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  • Mais que lui est-il donc arrivé ?

    Mais que lui est-il donc arrivé ?

     

    Lulu parvient au terme de son habituelle sortie avec les élèves, dans les sous-bois de Penfoulic. Elle est tout à fait à son affaire, et elle déguste le partage de son savoir avec les têtes blondes qui boivent ses paroles, les yeux écarquillés.

    - Oh, Lulu, regarde ce petit arbre ! Il est drôle, tout tordu; on dirait qu'il a choisi une direction quand il était jeune, et qu'il a ensuite changé d'avis !

    - Mais non, Kevin, tu sais bien que les plantes ne font pas, tout de même, ce qu'elles veulent ... Je vais vous raconter ce que m'en ont dit les champignons, un soir où je m'étais assoupie sur le sol, envoûtée par l'odeur suave de l'humus ...

    Vous connaissez, sans doute, la Belle, oui la Belle au Bois dormant, vous savez bien ? Ou plutôt vous pensez la connaître ...

    Un matin - elle était déjà ensorcelée depuis longtemps - elle se leva, en cachette, ayant décidé d'aller se dégourdir les jambes. Elle commençait en effet à s'éveiller de temps à autre, et alors ... elle s'ennuyait, s'ennuyait ! Elle se fatigua bien vite car elle n'était plus habituée à l'exercice, même très léger. Elle avait aussi pris beaucoup de poids à ne rien faire de ses journées. Bien essoufflée, elle trouva alors ce petit cyprès, et appuya son dos contre le tronc. Elle repartit à dormir, pour encore plusieurs dizaines d'années.

    Sous le poids de cette belle décidément bien grasse, le bois ne résista plus et finit par se ployer, se déformer, formant une assise dans laquelle elle se sentait très à l'aise, comme sur une selle de cheval.

    Mais l'histoire ne pouvait pas s'arrêter là. Le Prince (ne l'oublions pas, celui-là !) arriva (enfin !). Il la réveilla. Comment ? comme il put, cela ne nous regarde pas voyons. Elle lui expliqua tout ce qui s'était passé, et puis alors ils s'en allèrent, et puis ils se marièrent et pis ils eurent beaucoup d'enfants, et toute cette sorte de choses. Et nananère.

    Mais Lulu explique, ne voulant laisser les enfants dans cet état : "Vous avez vu ? Après le départ de la Belle, Dame Nature a repris ses droits : De façon naturelle, les arbres poussent verticalement, pour chercher le soleil, voyons.

    Bon, en route vers l'école."

    Loïc

     

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  • Dans les Monts d’Arrée… Argoat, le pays des forêts, accolé à Armor, celui de la mer.

     Cet homme est-il un marin, ou un paysan ? "Il a vécu, en tous cas", disent les voisins : un ours, oui, mais pas désagréable.

    Eternité

    Très solitaire, il ne demande rien à personne. Chacun le laisse vivre sa vie, et c'est très bien ainsi.

    Le Yeun Elez, entre Brasparts et Brennilis. Magie de la tourbe, des herbes rases, des rocs dépouillés. Un autre Connemara, dont les habitants comprennent même la langue gaélique. Magie des odeurs, des vents, des bruits inconnus. Présence intemporelle de l’Ankou, ce chef d’orchestre des légendes. Cet homme l'a rencontré. Tant de questions dans le regard, interrogations métaphysiques et ésotériques ...

    Magie inquiétante et obsédante de cette usine nucléaire, monstre inutile, incongru, insolent sous la voûte céleste pourtant si bienveillante, verrue inquiétante qui épouvante.

    Frayeur, panique, folie, impuissance, devant deux visions (opposées ?) du Monde ... Il pleurerait devant l'inconscience humaine. Mais est-il encore un humain ? Sa chute aux Enfers, il la doit surtout à sa rencontre avec l'Ankou, maître des lieux vides, maître de vie et de mort. Il va bientôt suivre, tête baissée, le pas lent des chevaux qui tirent la charrette ... 

     Eternité

    Un long hurlement s'envole vers la chapelle Saint-Michel de Brasparts.

     

     

    Pour en savoir plus, une vidéo, "Contes et légendes des Monts d'Arrée", ICI

     

     

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