Une madeleine de Proust
1956.
Dans la toute petite chambre de l'appartement que louent mes parents, un berceau se balance doucement, avec un léger grincement du bois. Ma petite sœur, qui vient d'avoir un an, s'endort peu à peu, ravie de ses baisers du soir (celui de Maman, celui de Papa, et le mien).
« Bon, dormez bien, moi je ferme la porte et vous, vous fermez les petits pois » et elle se retire sur la pointe des pieds, arborant un sourire angélique, si doux, si adorable.
Mais pour moi, à quatre ans, ce n'est pas assez ! Je me love amoureusement dans mon lit. Je veux ma maman pour moi tout seul : « Maman, Maman, et moi ? » - « Oh, mais tu es un grand, toi ! »
Non, pas vrai, les grands ce sont mon grand frère et ma grande sœur. Moi je suis grand seulement quand je sais faire du patin à roulettes, puisque c'est pour les grands. J'en suis tellement fier.
Alors, elle reste. Elle ne demandait pas mieux. Je clos lentement les yeux, et murmure : « Fais un trou ... » Maman soulève le drap, le tire en prenant tout son temps, me couvre délicatement les épaules. C'est là, maintenant, que c'est le meilleur.
Je souhaite dans ma tête une bonne nuit à l'ange, dans un petit cadre jaune en plastique, au-dessus de ma tête. L'angelot me regarde, toujours, et je fixe sa jolie tête de bambin joufflu, et c'est toujours comme ça, et c'est bon. Maman m'a dit que ce n'est pas un bébé comme ma sœur, mais un ange qui veille sur moi pour que je dorme bien.
Je replace ce trésor, que j'avais sorti du tiroir, dans sa cachette où je l'avais retrouvé. Le charme est définitivement rompu ...
Loïc Roussain – Ecrimagineur.eklablog.fr