Terres inconnues.
Quand elle l'avait rencontré, un soir si triste, dans la rue sordide où elle survivait entre deux nuits d'ivresse et de java, il l'avait beaucoup étonnée :
_ « Je ne savais pas que les hommes comme toi, ça existe », avait-elle bredouillé.
_ Il l'avait interrompue : « Quand tu m'as parlé (et tu m'as parlé si longtemps…) je me suis d'abord beaucoup amusé de ton rire rauque, plein de relents de tabac et de chansons paillardes. Je ne reprenais pas avec toi les gueulantes, et ce fut ton premier étonnement. » …
_ Quand tu es rentrée dans ton taudis, tu n'étais pas ivre. Quelque chose avait cassé en toi, mais « ça ne faisait même pas mal ».
Au petit matin elle se souvint qu'il lui avait proposé de le retrouver près du barrage, et elle se dit « c'est aujourd'hui ou jamais… »
Elle avala un verre d'eau sucrée, dégotta dans son fouillis quelques vêtements convenables, et se présenta au bord du canal, à l'endroit nommé « le trou des morts ».
Il se postait devant elle et admirait la ligne d'horizon que le soleil finissait d'embraser. Puis il se retourna, et lui lança d'une voix tendre : « Tu sais, hier soir j'ai eu vraiment très peur. Tu disais tellement de bêtises, sur la vie, la mort… Et puis tu avais si peur que je sois « un homme comme tous les autres. Et j'ai dormi près de toi, sur le palier, pour que tu comprennes que tout n'est pas foutu. »