JE VIS
Je vis partout où on me laisse une place pour m’insérer,
et on ne se gène pas pour m’ouvrir grand les bras,
pour un accueil hypocrite.
Je suis dominatrice, souvent tueuse.
De là où je suis, je distingue une agitation sourde, impalpable. Je vois, au travers d’un épais brouillard, des lumières floues qui s’approchent. Elles zigzaguent de droite et de gauche, semblent chercher quelque chose ou quelqu’un. Elles envahissent l’espace, elles hypnotisent.
Je prends le commandement. J’interdis de réfléchir ; je ferme l’accès à la halte, à la réflexion, à toute pensée. Je n’admets aucun compromis, j’annihile, je phagocyte, je dévore toute velléité, ronge toute volonté. Je paralyse. J’en ressens une volupté céleste.
Je suis celle qui a toujours tout envahi, en priorité les coeurs des hommes, celle qui les a menés à l’injure, à la négation de l’autre, au mépris, à la haine, au crime, à la guerre. Incompréhensions, barrières, violences.
Un jour viendra, où je serai vaincue. Je l’espère, le veux, fatiguée de tous les ravages que je provoque ; fatiguée de subir moi-même mes attaques et de ressentir de plus en plus douloureusement que, moi aussi, je baisse la garde devant elle. Je suis gagnée par … la peur.
Loïc