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Le cheval du Papet.

Il n'est plus avec nous, le Papet. Mon papet, respecté et adoré dans la grande famille dont il était le patriarche. Nous parviendrons, j'en suis certain, à nous en remettre : C'est lui qui nous avait initié au code, un code secret, pour qu'il continue à vivre en nous. Il nous avait appris, surtout, à tout relativiser, à classer tout ce qui se présente, reléguant le futile dans les éléments indésirables et polluants. Aussi, j'ai d'autant plus apprécié son testament-cadeau : son cheval, ce qu'il avait de plus cher ! Une émotion intense, un présent incomparable. Mon Papet, il était mon Papet pour moi tout seul. - « Il ne faut pas être égoïste, tu sais ! », m'aurait-il sermonné. Mais je sais, maintenant, qu'il faut, de temps en temps, savoir être égoïste. Et que cet apprentissage est long et difficile. Je me le suis approprié, entièrement, intimement, viscéralement, Crin-Blanc. Il était en pleine force de l'âge. J'ai eu l'idée (saugrenue) de le nommer Fernandel, à cause du film et de la chanson de Brassens. Mais Papet l'avait déjà nommé, et cela c'est sacré. Au rond de longe, il m'éblouissait de sa beauté, de sa belle allure, et il m'ensorcelait par ce qui ressemblait si fort à des sourires … J'ai grandi, j'ai mûri sans doute, et j'ai gardé pourtant envers le cheval de Papet (le mien?) une attitude d'enfant, et mes regards débordants d'admiration et d'amour. Oui, l'amour. Il m'a invité un jour à venir vivre chez lui, au sein de la Camargue. Je n'ai fait ni une ni deux. J'ai été adopté par ses camarades, et me voici qui chevauche Crin-Blanc . Je suis gardian, près d'Aigues-Mortes. Papet, c'est certain, arbore de là où il est son plus beau sourire malicieux : Merci, Papet.

Loïc

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