• Vive le progrès.

    Vive le progrès.

     

    Je commence à vibrer, doucement d'abord, puis je m'applique à bien faire pour rappeler à mon maître mon existence. Il n'entend rien, ni mes pleurs ni ma peur ni ma honte, ni mon désespoir.

    Des clés fixées à mon corps font ressurgir des souvenirs bien douloureux à présent : voici celle de la maison, celle du garage, et celle de la boîte à lettres … Celles qui vivent chaque jour leur vie, accomplissant leur tâche toute simple mais si indispensable.

    Je suis une petite plaque de plastique, noire, aux dimensions d'une carte de crédit. J'ai remplacé et envoyé au clou la traditionnelle clé de contact qui, elle, trônait fièrement à son clou dans le hall, ou dans le neiman de la voiture du maître.

    « Clé de contact » ? contact ... plus aucun ! Je passe aujourd'hui tout mon temps dans sa poche. Ce n'est pas par légèreté ou par hasard. Il le fait seulement pour éviter de se retrouver à la porte de son véhicule !

    Je ne vois le jour que lorsque je sors pour lancer un flash électronique qui ouvrira ou fermera la voiture, ou qui mettra le moteur en marche. Plus aucun contact. Plus jamais de doigts qui me caresseraient nonchalamment, avant la petite torsion dans la serrure. Rien qu'une pression froide et brève sur un bouton idiot.

    Arrête-toi, maître, arrête-moi ! Je voudrais tant servir encore. Exister en le montrant, et provoquer à mon égard un minimum de considération, et – pourquoi pas?- du respect.

    Je ne suis que plus que l'ombre de ton ombre, l'ombre de ton chien. Je me surprends, de plus en plus souvent, à fantasmer d'une grosse clé de grosse porte médiévale, imposante et fière …

     

    Loïc, sur un sujet de l'atelier Poudreurs d'escampette : "Névrose, psychose, paranoïa, dépression, etc ... Et si les humains n'avaient pas le monopole des maladies de l'esprit ?

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 3 Décembre à 09:30

    Si c'est le cas alors les objets sont à l'image de l'humain: sitôt qu'il a le loisir de penser à autre chose que sa survie, il se tourne sur son nombril et forcément...déprime :)))

      • Dimanche 3 Décembre à 09:36

        Merci pour cette très sage réflexion philosophique !

         

    2
    Lundi 4 Décembre à 08:02

    Je pense donc je suis, imaginons un monde ou les objets prendraient vie

    Amicalement

    Claude

    3
    Lundi 4 Décembre à 08:20

    Ahhhhhh! Une clé qui parle et qui écrit. J'ai la berlue en ce lundi matin? Plus sérieusement, je me surprends parfois à parler à mes plantes, alors pourquoi pas ne pas parler à ma clé. C'est peut-être la clé d'une vie équilibrée? ;-) Belle semaine et bises alpines.

    4
    Lundi 4 Décembre à 09:27

    Profondément retors, et très lucide, j'adore.

    5
    Mardi 5 Décembre à 10:18

    joli ta clé qui parle, moi pas de soucis pour la mienne j'ai encore une vraie clé de contact à ma voiture LOL...

    bises

    patricia

    6
    Mardi 5 Décembre à 14:09

    C'est la première fois que j'ai une voiture comme ça, avec une clé magique, ce qui explique mon délire !

    7
    Mardi 5 Décembre à 15:45

    Je n'ai pas encore testé ce genre de clef... mais j'aime énormément ton récit.

    Je comprends tout à fait qu'elle ait de la peine, qui n'en aurait pas ?

    Passe une douce journée.

    8
    Mardi 5 Décembre à 17:19

    Après l'horloge parlante, la clé parlante lol
    Bonne semaine !
    Daniel

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