• Une bouteille à la mer ...

    Bouteille à la mer. (sur une proposition de l'atelier "Poudreurs d'escampette).
    Le sable doré, des lumières d’Outremer, des vagues douces, rassurantes, enchanteresses pour un jeune surfeur… Me voici, seul sur le sable, et un doux bruit, répétitif, qui crisse près de mon oreille, éveille ma curiosité, me sort de ma torpeur. La bouteille semble respirer irrégulièrement, comme dérangée par un intrus. Mais elle se laisse dompter, voluptueusement, par le gentil chatouillis des pattes de quelques petits crabes verts, qui l'explorent.
    Le flux va bientôt la submerger.
    Mais… Les bouteilles à la mer, c’est fait pour les messages, non ? C’est fait pour qu’on y découvre une vérité importante, intense, la phrase vitale d’un être au bord du gouffre, un dernier espoir…
    Je l’ai ouverte, vite (impossible d’y résister, bien sûr), j’ai déroulé le parchemin, puis, encore plus vite, je l’ai enroulé et replacé. J’ai rebouché et jeté au loin la bouteille, dans l’eau, où elle a disparu…
    J’ai pris mes affaires, je m’en suis allé.
    Ah, oui… j’avais lu : « S’il vous plaît, laissez moi tranquille… »

     

    Des membres de cet atelier ont estimé que j'ouvrais, avec ma dernière phrase, la boîte de Pandore pour des "conclusions" diverses ...

    Voici la suite imaginée par Cloclo, que je remercie de tout coeur :

    Combien de temps cette bouteille avait-elle séjourné dans l’eau, ou plutôt combien d’heures, de mois, d’années avait-elle été ballotée par le vent du grand large pour arriver ainsi, un beau jour, au milieu de cette équipe de potes, toujours les mêmes, qui venaient surfer ici, à Biarritz, pour la régularité et l’amplitude constante des vagues. On peut être surfeur et aussi poète, cela n’est pas antinomique, que je sache.

     J’ai relu pour la 30° fois le message. Court, bien sûr, mais chargé de tant de secrets. L’écriture, régulière et serrée, belle, avait des pleins et des déliés savants, élégants même. On s’était bien appliqué, je pense. Alors qu’on aurait attendu autre chose, par exemple un message rédigé d’une main nerveuse, celle d’un homme (pourquoi un homme ?) qui avait des choses à dire, des plaintes à formuler, des reproches à faire. Mais le s’il vous plaît redonnait un autre visage à ce message. Poli, bien pensé, plutôt une sorte de supplique à celui, celle qui le découvrirait. Le s’il vous plaît témoignait d’un caractère bien marqué, déterminé, mais suffisamment  bien élevé pour garder la mesure, et en même temps il témoignait d’une grande détresse, de celles qu’on ne peut confier à personne de connu.

    Evidemment ce message avait franchi les frontières, toutes les mers possibles, ou simplement un grand morceau de l’Atlantique, pour arriver ici, sur cette plage non pas déserte, mais envahie par des centaines d’amoureux du sport et de la mer. Qui pourrait le comprendre, qui pourrait le déchiffrer et ressentir  une empathie assez forte pour penser d’emblée : voici un être du bout du monde qui est arrivé un beau jour au bout de ses forces et de son destin. Et impossible de l’aider, impossible de connaître l’étendue de son mal et de sa détresse. L’Homme en question était peut-être mort maintenant, suicidé, ou au contraire heureux ou guéri, qui le saurait jamais ? Ce “laissez-moi tranquille” ne me laisserait plus  tranquille, moi, désormais. Ces mots allaient résonner en moi longtemps et me questionner indéfiniment, car qui pourrait un jour résoudre ce mystérieux message aussi court que désespéré ? Un appel au secours dédié au hasard des tempêtes et des écumes de la mer. Tel le vaisseau fantôme de la légende, il allait reprendre sa route et ses éternelles errances au gré des houles et des creux et atterrir un jour encore sur un autre rivage et pas plus que moi, on n’ en saisirait la portée.

    Quelqu’un d’autre le lirait; Il le rendrait à la mer, à sa mère qui continuerait à le bercer inlassablement tout en sachant qu’aucun bras, hier et aujourd’hui, ne réussirait jamais à le consoler.

    Cloclo, 24/11/2017

    http://plumeagile02.canalblog.com
     

    http://claude-ammann.e-monsite.com
     

    Il est urgent de faire naître des îles (A. Vialatte)
     

     poudreursdescampette@yahoogroupes.fr

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

  • Commentaires

    1
    Samedi 25 Novembre à 10:18

    Beaux textes tous les deux sur ce défit qui laisse l'imagination s'envoler...ou naviguer.
    Peut-être est ce la mer qui supplie qu'on la laisse tranquille, épuiser par tous les méfaits que les humains lui font subir...?

    2
    Samedi 25 Novembre à 10:19

    Je corrige: épuiséE pardon!

    3
    Samedi 25 Novembre à 10:27

    Merci pour Cloclo et pour moi, Almanito.

    Et les "fautes de frappe", ya des fois où on s'en tape le popotin, non !

    Ben ... épuiséE, et défi (sans T) ! gnagnagna !

      • Dimanche 26 Novembre à 09:16

        Oups! C'était pas mon jour wink2 désoléemad

    4
    Dimanche 26 Novembre à 08:04

    Il y a des dizaine de millier de bouteilles qui sont jetées à la mer chaque jour, mais l'indifférence est ce qui caractérise le mieux notre société

    Amicalement

    Claude

    5
    Dimanche 26 Novembre à 08:50

    Bele participation. Ce texte n'est pas jeté à la mer, c'est clair. Bon dimanche.

    6
    Lundi 27 Novembre à 09:04

    Un sourire... c'est toujours agréable de te lire. Merci pour le partage.

    Passe une douce journée.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :