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  • Un vieux puits.

    Un vieux puits

     

     

    Françoise nous a demandé d'écrire, en nous inspirant de la découverte de ce puits au milieu d'une clairière, une histoire « plutôt gore » …

     

    « Chut, les enfants ! Et taisez-vous, aussi, tout le monde .

    Nous approchons, dans ce lieu à l'allure pourtant plutôt idyllique, du « puits maudit » ; nous risquons de les froisser et de les mettre en colère.

    Qui donc ? Mais … les morganes, voyons ! Toute la descendance de la fée Morgane, la maléfique. Celle qui vit dans l'eau de l'océan et peut aussi se présenter sur terre, amphibie et immortelle. Et surtout, très méchantes.

    Je croyais que les fées étaient toujours bienveillantes ?

    Oh ! que non, malheureux ! Des esprits torturés, machiavéliques, qui jouent la terreur sous l'aspect de très belles femmes attirantes, irrésistibles, piégeuses, comme les sirènes de l'Odyssée … Ne vous éloignez plus, car leurs serviteurs, les trolls et les korrigans, ne tarderaient pas à vous anéantir. C'est de qui est arrivé au fils du Comte de Leurbrat, un soir d'hiver. Revenant de la ville, il s'égara dans la forêt, marcha, longtemps, jusqu'à en être exténué. Il aurait alors été envoûté par un chant magique … Les morganes l'auraient entouré, encerclé, se serrant contre lui, prisonnier. Elles l'auraient ainsi réchauffé, ébloui jusque l'aveuglement que provoque l'émotion du désir inassouvi …

    - 'On l'aurait, il aurait' … Comment peut-on supposer tout cela, comment peut-on inventer cette légende ?

    Ce n'est pas une légende ! proféra soudain une voix grave, derrière lui. C'est mon œuvre, petit mortel ! Je suis Morgane, je surveille cet endroit ! A présent, viens donc, approche-toi, jeune homme, regarde, scrute un peu le fond du puits ...

    Et il s'avance, et sans hésiter monte sur la margelle … « Un corps, un squelette ! » s'écrie-t'il. Non, avec toi cela en fera au moins deux ! »

    Un rire épouvantable, infernal, s'élève au fond du bois. La lune éclaire d'un rayon blafard l'ouverture béante du puits, d'où s'échappent des bruits de bulles et des effluves pestilentiels.

    L'Ankou peut maintenant s'approcher. Il embrasse Morgane et tous deux, tels des amoureux intemporels, disparaissent hors de la clairière.

    Embrassades fougueuses, rires démoniaques …

    *L'Ankou, voir ICI

     

    Loïc

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  • Le cheval du Papet.

    Il n'est plus avec nous, le Papet. Mon papet, respecté et adoré dans la grande famille dont il était le patriarche. Nous parviendrons, j'en suis certain, à nous en remettre : C'est lui qui nous avait initié au code, un code secret, pour qu'il continue à vivre en nous. Il nous avait appris, surtout, à tout relativiser, à classer tout ce qui se présente, reléguant le futile dans les éléments indésirables et polluants. Aussi, j'ai d'autant plus apprécié son testament-cadeau : son cheval, ce qu'il avait de plus cher ! Une émotion intense, un présent incomparable. Mon Papet, il était mon Papet pour moi tout seul. - « Il ne faut pas être égoïste, tu sais ! », m'aurait-il sermonné. Mais je sais, maintenant, qu'il faut, de temps en temps, savoir être égoïste. Et que cet apprentissage est long et difficile. Je me le suis approprié, entièrement, intimement, viscéralement, Crin-Blanc. Il était en pleine force de l'âge. J'ai eu l'idée (saugrenue) de le nommer Fernandel, à cause du film et de la chanson de Brassens. Mais Papet l'avait déjà nommé, et cela c'est sacré. Au rond de longe, il m'éblouissait de sa beauté, de sa belle allure, et il m'ensorcelait par ce qui ressemblait si fort à des sourires … J'ai grandi, j'ai mûri sans doute, et j'ai gardé pourtant envers le cheval de Papet (le mien?) une attitude d'enfant, et mes regards débordants d'admiration et d'amour. Oui, l'amour. Il m'a invité un jour à venir vivre chez lui, au sein de la Camargue. Je n'ai fait ni une ni deux. J'ai été adopté par ses camarades, et me voici qui chevauche Crin-Blanc . Je suis gardian, près d'Aigues-Mortes. Papet, c'est certain, arbore de là où il est son plus beau sourire malicieux : Merci, Papet.

    Loïc

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  • Un lieu magique pour des passionnés (clic) 

    « - Dis-moi, Chenoa, je t'ai déjà dit de ne pas fréquenter n'importe qui, je crois ?

    Mais … ces gens ne sont pas n'importe qui ! Ce sont des écrivants, passionnés, et, encore mieux, des amoureux des animaux !

    Ah bon ? Alors, commence par ne pas hennir en me parlant, ils n'y comprennent rien. Et n'essaie pas de pratiquer ta langue indienne : ce serait encore pire !

    Encore pire … Tu cherches vraiment à me vexer, dis donc …

    Oh ça va … Arrête tes simagrées, maintenant, et … redressons-nous : Ils arrivent, ils arriiiiiivent !

    https://www.harasdelamerblanche.com/

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  • Encyclopédie personnelle

    « J’invente un article d’encyclopédie pour un nom formé par une juxtaposition de syllabes… »

     

    TIBRUISISTOR (Urbain) Bécon, 1905; Mururoa, 1999. Physicien français, ayant voué son existence à la recherche expérimentale des phénomènes électro-acoustiques. Souffrant dès sa plus tendre enfance d’une intolérance au vacarme de son village, il s’ingénia à tordre dans tous les sens des sonotones, pour inverser leurs propriétés intrinsèques. Ainsi, tous les bruits, même les plus petits, se trouvaient étranglés… Après son décès, on apporta des améliorations à son invention: les bruits désagréables furent non seulement très assourdis par la torsion des sonotones, mais de plus ils étaient transformés en sons agréables, qui donnaient aux auditeurs l’envie de danser en se trémoussant… : Le transistor était né.

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  • Des chaussures merveilleuses.

     « Tu as vu, Mémée, comme elles sont belles ? demandait-il sans arrêt à sa grand-mère. • Oui, mon chéri, elles sont magnifiques ! Il arborait fièrement des chaussures de marche, que son papa venait de lui offrir. • « Je ne les quitterai plus, je les chouchouterai, et … une marche tous les dimanches, au moins, avec vous, sans protester ! » Une jolie tige qui montait haut à l'arrière, un dessus plein cuir, et - cerise sur le gâteau – des magnifiques lacets, rouges et blancs, qui se croisaient savamment dans des crochets impressionnants … Il n'en revenait pas. Son père lui avait expliqué que c'était là un cadeau à l'occasion de l'arrivée du petit frère. Maman était rentrée, le matin-même, de l'hôpital, car - on le lui avait affirmé – elle était « tombée dans l'escalier ». On ne parlait pas de ces choses-là aux enfants, en 1959. A sept ans, le pauvre n'avait pas vu (ou voulu voir?) qu'elle attendait un bébé ! De marches en marches, de sorties en sorties (car elles "firent longtemps") ces chaussures devinrent ses amies, ses confidentes même. Les circuits s'allongeaient régulièrement, son entraînement l'incitait à persévérer, et il y prenait un plaisir indicible . Il leur avait donné un nom : « Mes chaussures qui courent vite ». Et lorsqu'il les avait chaussées, il était débordé par l'émotion quand les lacets faisaient des boucles qui devenaient les yeux de son petit frère ...

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  • Hache et billot, un dialogue en guise de petite fabulette

    Hache et billot

    « – Bon, billot, tu es prêt ? – Oui, prêt. – Bourreau, fais ton office. Mais… Pose bien sa tête comme il faut, donc ! –  Merci, hache. Et toi, future victime, allonge bien ta nuque sur moi, il n'y en a plus pour très longtemps. – Je m'impatiente, vous savez ! J'ai encore du pain sur la planche, moi ! –  Euh ... J'ai senti la hache qui tombait, mais rien… Ça n'a pas l'air de marcher. Il y a quelque chose qui tourne pas rond, j’y retourne immédiatement – Tu es trop dur, billot. Ça rebondit. Il faut te détendre. Eh ben ! on est bien, tant pis, on passe au suivant. Pas coopératif, lui. D'ailleurs je vous l'avais bien dit, qu'il n'était pas coupable … »

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  • à Lizio (56), le poète- ferrailleur Robert Coudray

    https://www.poeteferrailleur.com/

     

    « Créer sa vie »

    Créer sa vie. ou SAGESSE, sous forme d’acrostiche.

    Salomon, ou Saint-Paul,

    Antiques prédicateurs,

    Guides de nos vies,

    Eradicateurs de toutes nos fautes.

    Silences obligés, réflexions étouffées,

    Sagesse que j’ai choisie, ou pas,

    Éléments bâtisseurs de notre confort social et mental. 

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  •  Dans "Pelotes et miroirs" - Patricia Cartereau et Ludovic Degroote

    Tête-bêche.

    Elles se font face, tête-bêche. L'une est une victime d'un orage : rougi, blessé, le tronc déchiré, l'arbre essaie de lutter encore un peu pour résister à sa disparition programmée. Il est peu à peu envahi par une jeune fougère, qui semble venir du ciel. Frêle et résistante à la fois, elle gagne de la place, s'incruste dans les dernières branches. L'arbre foudroyé la laissera vivre sa vie, s'effacera devant elle, s'en faisant une amie, compréhensive, chaleureuse, pleine de gaieté dynamisante.

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  • Koalas,

    Otaries

    Ululent de concert,

    Tentent de nous séduire.

    Chatoyantes couleurs,

    Héroïnes

    Enfouies sous les roches,

    Vaines apparitions,

    Silences tonitruants.

     

    Kes aco, dis donc ?

    Y fallait tout de même l'oser !

    Loïc R.

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  • J'ai un trou

     

    « Qu’y a-t'il dans un trou ? »

     

    Ne prenez rien, disposez autour, délicatement, tout ce que vous voulez : ça y est, vous avez un trou.

    Un trou de mémoire, c’est une bouche d’aération dans un cerveau ramolli.

    Dans un trou il y a souvent un soldat déchiqueté.

    Dans ce trou, tu sautes pour ne plus t’en sortir.

    Dans ce trou, c’est moi qui tombe et gesticule, et me réveille.

    Le trou de la Sécu est celui des fins de mois et du désespoir sans fond.

    Dans le trou du souffleur, il y a une montagne de notes de musique, et un homme essoufflé.

    Dans le trou noir, il y a un enfant puni qui panique, dont les yeux bleus tentent de faire jaillir la lumière.

    Dans ce trou, il y a le pays des merveilles.

    Dans le trou du ticket, il y a une foule qui se presse et des morceaux de carton qui vont bientôt pourrir dans les poches.

    Dans ce trou dans l’eau, il y a le regard désespéré de celui qui se noie.

    Dans ce trou perdu, il n’y a rien, rien, vraiment rien.

    Dans ce trou, il y a des mythes, et des mites qui les rongent.

    Dans ce trou, il y a un vide sidéral, car je manque d’inspiration.

    Loïc

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  • Orage, de Patrice Koutchevsky.

    Je contemple ce tableau, et j'y associe une histoire.

    "Orage" - publié avec l'autorisation du peintre.

    "Nous remontons, capitaine, nous sommes en surface. Je sors le périscope.
    – Bon, nous voici hors d’affaire ; nous ne sommes pas loin des côtes africaines, j'espère qu'ici nous serons hors de portée de ces pirates, nom d’un chien de tonnerre de Brest.

    Mais… Capitaine, notre bateau est bien… un sous-marin, dites-moi ?
    – Évidemment, moussaillon !
    – Alors, je n’ai pas la berlue, mais là je crois bien que j’ai perdu la raison : Deux animaux de la brousse à la mer ! À babord un éléphant, à tribord une antilope ! Regardez comment l'éléphant nage bien, et vite ! Oh, l’antilope … Non, les Dupondt, ne tentez rien, lâchez cette bouée ; elle est perdue, la malheureuse.
    – Mais comment fait-il pour flotter, ce pachyderme ?
    – Hé hé … La poussée d'Archimède, voyons !

    La pauvre antilope, affolée, pensait y échapper, mais elle est affolée. Comme nous, elle est prise dans le tourbillon des combats, dépassée, submergée, c'est la fin, c'est notre fin. Que pouvons-nous nous y faire ?
    – Rien, voyons, moussaillon ! récupérons Milou, et en plongée toute, vite !"

    Loïc R.

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  • 8 mai : Un appel international
     
    Un 8 mai, jour de la commémoration de la victoire de 1945, à l'entrée de la Ville Close de Concarneau. Un groupe de femmes est arrivé, elles se sont installées en plaisantant, arborant de grands sourires. Libérées, pas coincées pour un sou, elles ont répondu à l'invitation du Mouvement de la Paix, elles se présentent : Les "Vocal Barbak, de Lorient, collectif de femmes engagées".
    Les touristes, très nombreux en cette période de "ponts", semblent, pour certains, interloqués. D'autres sont indifférents, ou pressés en tous temps et en tous lieux, et poursuivent laborieusement leur chemin dans la foule et dans le défilé de gaufres, glaces et autres.
    Mais les incantations produisent peu à peu leurs effets : Des voix d'alti, graves, fortes, profondes, égrènent des litanies ou des chants de protestations, de luttes qui ont en commun le féminisme et le pacifisme. 
    De grandes banderoles du Mouvement de la Paix sont déployées. Très vite un bon nombre de spectateurs sont envoûtés par la force de ces voix convaincantes. On applaudit, on reprend en choeur les chants du groupe chilien Quilapayun  ...
     
     
    "El pueblo unido, jamas sera vencido"
     
    Et un maître-mot / slogan du Mouvement de la Paix :
    "Si veux la paix, prépare ... la paix !"
     
     

    8 mai : Un appel international

    "Quilapajun" : un nom de groupe musical, mais, bien plus, un cri, un appel, une lutte des années 70 ... Plus précisément 1973, dans le Chili de Pinochet.
    Pour moi, "adulescent" à cette époque où le mot n'existait pas encore, les luttes au Chili étaient très présentes. je les vivais au jour le jour, je souffrais avec Victor Jara sur l'arène ...
     
    8 mai : Un appel international
     

    Q U I L A P A J U N


    Fureur du rêve.
    Fureur de la révolte. 
    Notre fureur est juste,
     
    Nous aurions le droit,
     
    Le devoir, de la violence.
     
    La mer est rouge

    Comme notre cœur, 
    Violenté, écorché,
     
    Torturé,
     
    Indécence écarlate
     
    De la colère explosive.
     
    Je valserais les mots
     
    S’il fallait les valser,
     
    Mais la voix du bandonéon
     
    Expire lentement,
     
    Impuissante.
     
    Les martyrs ont souvent

    Le cœur en sang, 
    Le sang aux yeux
     
    Les yeux en larmes.
     
    Creuse, Petit, et n’oublie pas :
     
    Sous le sable des plages, sous le sable des stades
     
    Encore, et toujours, du sang.

    Chants de vie , 
    D’espoir, de justice,
     jamais ne seront vains.
     
    Loïc Roussain.
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  •  

    « Du vent dans la tête », ou « Avel fol »…

    Jean-Yves, l'instit'-directeur d'école qui, semble-t-il, a toujours été là, au moins depuis Jules Ferry, arrive comme à son habitude sur son antique moto allemande, récupérée par son père en 1945. Pas de porte-bagages, pas besoin de cartable, tout reste à l'école, et les cahiers sont corrigés, en fin de journée, lorsqu'il est revenu de sa virée habituelle sur la côte. « Ça change les idées… »

    Sébastien, lui, est planté au milieu de la cour, jambes écartées, et se précipite vers la moto, saute au cou de Jean-Yves, un gros bisou, la journée peut commencer.

    Trois personnes, ici, s'occupent de Sébastien : Marianne, la dame à tout faire. C'est tout dire. Elle fait absolument tout, sauf -exception notoire- la vaisselle du repas de midi, réservée, par tour de rôle, aux « Cours MoyenS ». Jean-Yves, le directeur, est aussi , bien sûr, secrétaire de mairie, et rédacteur du petit bulletin municipal. Il gère aussi les réunions et la publication de la feuille de chou de l'Opposition. Son épouse, comme lui, sait à peu près tout ce qui se passe sur l'île : elle est la coiffeuse de l’île. Ils sont donc tous deux, un peu, confidents de ceux qui ne vont pas à confesse.

    Moi, à Ouessant, je ne suis plus tout à fait un « doryphore ». J'enseigne pour la première année, et on m'a nommé sur l'île pour y préparer mon CAP… Je réside donc en insulaire, je ne suis plus le touriste d’il ya deux mois. Habitant à Brest, j’étais tout heureux lorsque j'ai reçu ma nomination à « Brest 5». Mais cette circonscription comprend aussi la commune d’Ouessant… Et en cette année où un certain caudillo Franco meurt interminablement, le temps est encore plus long lorsqu'on se sent en exil !

    J'ai la « section enfantine » : une dizaine d'enfants en maternelle (tous âges confondus), et trois en Cours Préparatoire : c'est sur ces trois-là que Monsieur l'inspecteur jugera si je suis apte… ! Jean-Yves, lui, a tous les autres élèves de l'école.

    Sébastien a sept ans. Il n'est ni en section enfantine, ni en cours préparatoire. Dieu seul sait où il est. Lorsque nous sommes sur la cour, il erre en faisant de grandes enjambées, s'accroupit parfois, gratte la terre, la mange ... Il se relève, lève la tête, observe le ciel pendant de longues minutes, ses yeux roulent, son regard accroche de temps en temps un autre enfant qui passe, il peut rester ainsi durant toute la récréation. Presque sans arrêt, il chantonne : « auprès de ma blonde, fait bon , fait bon, fait bon ». Ce sont strictement les seuls mots que je l'ai entendu prononcer. Jean-Yves et moi, souvent, le faisons s'asseoir sur les marches, entre nous deux, et tentons d'avoir un contact… Mais nous ne sommes manifestement pas du même monde.

    Régulièrement, en classe, Sébastien « fout son bordel », comme disent les autres enfants. Les autres enfants, ils parlent comme leurs parents. Le père, le plus souvent, est en mer, dans la Marchande. La mère, comme souvent dans les ports, s'occupe de tout à la maison. Jean-Yves lui a souvent expliqué, à la mère, que Sébastien serait bien mieux sur le continent, où on s'occuperait de lui dans un endroit spécialisé … Mais il n'en est pas question. En 1975, on ne quitte pas l'île si facilement. Et il serait en pension, vous vous rendez compte, à sept ans : je ne veux pas l'abandonner… Et si vous ne le prenez pas, il ira à l’école des soeurs, pas d'autre solution.

    À Ouessant, en 1975, 45 élèves à Skol an Diaoul (« l’école du Diable », l'école publique), 250 à l'école Sainte Je-ne –sais-plus-qui. Alors…

    Quarante-trois ans plus tard, où es-tu Sébastien ? Qu’es-tu devenu ?

    As-tu réussi à apprendre autre chose qu'« Auprès de ma blonde » ?

    Dérision.

    « Du vent qui passe dans sa tête, en courant d'air continu entre les deux oreilles, sa mère lui avait toujours dit ».

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