• Mascotte, mazette !


    Mascotte, mazette !

    - Bon, les gars, il va falloir se préparer : Aujourd'hui à nous la vedette, nous allons passer sur la plupart des chaînes TV européennes ! »
    - Oh ! mais c'est vrai ! Et j'ai oublié de me shampouiner ce matin. Pas le temps maintenant, ça demande une heure trente, à cause de cette foutue apesanteur …
    Tu pourras tout de même te raser, pour être présentable à ta petite famille !
    Ça y est, compte à rebours, nous sommes en direct ! Pas de déception, d'accord, les gars : Nous savons que la priorité est donnée aux images extérieures, et non pas à nos frimousses !
    Et une multitude de vidéos, plus stupéfiantes les unes que les autres, défilent dans tous les foyers des pays européens : Nos astronautes sont les héros du jour, ce jour tant rêvé et préparé avec tant de minutie.
    Les images des appareils externes alternent avec les spectacles magiques, époustouflants, de l'Espace. Tout cela, bien sûr, soutenu par les commentaires avisés des astronautes et les explications des savants restés sur le plancher des vaches.
    Thomas, le chef de bord, ne tarit pas de précisions techniques, entrecoupé par instants de réflexions personnelles du type « Nous sommes ici comme dans un bateau… D'ailleurs, on dit bien un vaisseau spatial ... ».
    Éric, le caméraman du moment, propose de passer à des prises de vues de ses compagnons de voyage.
    Un panoramique, d'abord, puis un retour sur les visages de ses compagnons, visages si chers à leur famille, même si on les devine à peine.
    Zoom arrière. Le champ s'élargit, et vient cueillir les astronautes en plan américain, de la tête au bas du tronc. Soudain, Éric pose sa caméra :
    « Mais tu es fou, Thomas ! Ce truc, là, c'est quoi ?
    Le chef de bord bafouille, balbutie, bégaie comme un enfant pris le doigt dans le pot de confiture : « C'est… J'avais peur… Je ne savais plus comment faire passer ma trouille … Alors j'ai pensé à quand j'étais petit ... ». Dans la semi obscurité, il montre, mains tremblantes, une petite peluche, un petit lapin tout jaune car habillé d'un ciré Cotten de marin.
    Tous les copains éclatent alors de rire :
    « Bien joué, la mascotte, Thomas ! Mais… Tu le sais bien, pourtant : Pas de ça, à bord. *
    On ne prononce même pas le nom, sur un bateau, de « celui aux grandes oreilles »…
    Loïc. 
    Ceci est ma participation à la proposition de la Communauté Miletune.
    * : Le lapin est un animal maudit dans la marine et il est interdit de prononcer ce mot sur un bateau. Cette superstition vient de l'époque où les marins emportaient à bord des animaux vivants — dont des lapins — pour les manger pendant les longues traversées. Les lapins s'échappaient parfois et rongeaient les cordages ou la coque, provoquant des catastrophes à bord. En effet, autrefois, les cargaisons des bateaux étaient arrimées avec des cordes en chanvre. Des lapins échappés de leur cage pouvaient donc les ronger, provoquant le naufrage du bateau lorsque les caisses cognaient les parois dans les cales. De plus, sur les navires en bois, le calfatage des planches se faisait avec de l'étoupe de chanvre, que là aussi l'animal pouvait ronger, amenant des voies d'eau fatales.
      Le Parisien
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  • Commentaires

    1
    Mardi 17 Janvier 2017 à 06:32
    C'est vrai que les lapins n'ont jamais été les bienvenus sur les navires, mais sur un vaisseau de l'espace le risque n'est pas le même
    Amicalement
    Claude
    2
    Mardi 17 Janvier 2017 à 06:56
    J'ai aimé Loïc. J'admire ces astronautes même si Je me demande à quoi tout cela sert ! Tu montres qu'ils sont humains parce qu'ils ont peur ce qui n'exclue pas le courage. Bon mardi
    3
    Mardi 17 Janvier 2017 à 12:59
    bonjour Loic !
    c'est courageux d'aller si loin ! ils ne sont pas surs de revenir !
    des mois d’entrainement, bravo les gars-
    à quoi ça sert--- on ne sait jamais -- et puis il tirent des choses pour la vie sur terre --- des technologies qui ont servies pour le voyage-
    bonne journée- au chaud - amitiés-
    4
    Mardi 17 Janvier 2017 à 16:18
    et moi j'ai cru à ce selfie dans l'espace jusqu'à ce qu'une lectrice me dise que c'était un faux
    5
    Mardi 17 Janvier 2017 à 17:27
    Il faut avoir peur. C'est preuve de lucidité. Un sacré bonhomme ce Thomas Pesquet !
    (ps de nouveau un texte un peu petit, sauf le copié collé du Monde)
    6
    Mardi 17 Janvier 2017 à 20:53
    Merci Jeanne, c'est corrigé ! En fait, je pense que cela se produit parce que je suis désormais un Mac, qui n'a pas forcément les mêmes paramètres de caractères. J'y ferai attention.
    7
    dom
    Mercredi 18 Janvier 2017 à 07:24
    J'aime ton texte, il montre que ces hommes que nous admirons pour leur force et leur courage ne sont pas des robots mais bel et bien des humains !
    La peur est un sentiment qui ne doit pas être refoulé car il montre que nous en avons encore, des sentiments, dans ce monde mécanisé et glacé.
    Merci de nous le rappeler.
    Bon mercredi ... au chaud, si possible.
    Bisoux, loïc
    8
    Mardi 24 Janvier 2017 à 17:09
    o
    Oh que je l'aime. Il est chef de bord, il compare le vaisseau spatial à un navire ... avec ses superstitions et il a un doudou pour lutter contre la peur à certains moments. Un homme, un vrai.
    Ah, la bête aux grandes oreilles à bord des bateaux. Pas le droit d'en avoir dans l'assiette, je peux te le dire.
    9
    Mardi 24 Janvier 2017 à 18:58
    Oui, mais là il s'agit d'un grande oreilles volant, ça change tout et on peut lui pardonner cette petite faiblesse!
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