• "Je me souviens" ... / Mi memoras ...

    En nous inspirant de ce texte de Georges Pérec, il s'agit à présent de faire ressurgir 
    des souvenirs non personnels, mais de la "mémoire collective" ...


    Je me souviens …
    Je me souviens – mais pour quelles raisons obscures, peut-être la mise en musique de ce texte ? d’une poésie (de
    Théophile Gautier) apprise à l’école :
    Tandis qu’à leurs œuvres perverses
    Les hommes courent haletants
    Mars, qui rit malgré les averses,
    Prépare en secret le printemps …
    J’ai oublié toutes les autres …

    Je me souviens de m’être très rarement disputé, à l’école, sauf quand il s’agissait d’avoir l’honneur de « faire les ronds », avec l’arrosoir, sur le plancher de la classe, avant le balayage.

    Je me souviens de la vedette des communions solennelles, en 1963 : le Kodak Instamatic 50, et ses cubes-flash.

    Je me souviens d’avoir enfourché, le front haut, tenant mon mini-transistor collé à l’oreille, mon « engin » - ma Mobylette bleue – que j’avais repeinte en noir après lui avoir offert un siège long, à la place de la selle-qui-faisait-péquenot. Les plus grands, eux, roulaient en Flandria, celle qui avait des vitesses.

    Je me souviens de la claque monumentale reçue du directeur de l’école, quand il me surprit dans le WC de l’école, la cigarette (une P4) à la bouche.

    Je me souviens des vaches aux flancs couverts de bouse, que nous ne voyions qu’une fois en partant au bord de la mer en autocar.

    Je me souviens de la douleur des brûlures aux doigts, à force de jouer aux osselets sur le goudron.

    Je me souviens du poids le plus léger, qui manquait toujours, dans toutes les boîtes de poids de toutes les écoles que j’ai hantées, enfant puis adulte.

    Je me souviens du Tôlé Citroën, gigantesque, reçu pour Noël, fabriqué par mon père. Il avait récupéré toutes les chutes de métal sur son travail, et avait fait cela en douce, à la maison, avec – j’en suis sûr – le petit sourire en coin qui lui allait si bien.

    Je me souviens des exploits littéraires que nous commettions en transformant les paroles des chansons. Pour « Belles, belles, belles », j’ai oublié … Mais je me souviens très bien que « quand j’entends siffler le train » était devenu « quand j’entends pisser le chien ».

    Je me souviens de cette femme (que nous appelions « Mme Moustache », allez donc savoir pourquoi) qui trônait dans le trolleybus, pour poinçonner nos tickets. Assise à l’avant, près du chauffeur, elle tournait sa petite manivelle toute la journée, marquant nos petits cartons. Elle parlait souvent, comme nombre de personnes à cette période, mi-français mi-breton, et interpellait régulièrement les passagers : « Bon, poussez-vous ! tout le monde a son ticket dans le derrière ? »

    Et enfin, je me souviens – mais ne le répétez pas … - d’avoir, avec les copains, arraché les élastiques des culottes des filles, mais en tout bien tout honneur : Nous en avions besoin pour fabriquer nos « blettes » (frondes, lance-pierres).
    Mais ça, ce n’est pas un souvenir, c’est une confession…

    Esperanto :
    Mi memoras ...

    Mi memoras - sed kiaj obskuraj kialoj, eble la muzika scenejo de tiu teksto? poezion (de

    Théophile Gautier) lernita en lernejo:

    Dum en iliaj malbonfaroj

    Viroj anhelante

    Marso, ridante malgraŭ la pluvo,

    Sekrete preparas printempo ...

    Mi tute forgesis la aliajn ...

     Mi memoras ke mi tre malofte kverelis en la lernejo, krom kiam ĝi venis la honoro de "farante ĉirkaŭvojon" kun la akvumilo sur la plankon de la klasĉambro, antaŭ la balaado .

     Mi memoras la stelon de solena komuneco en 1963: Kodak Instamatic 50, kaj flash kuboj.

     Mi memoras saltetis, alta frunto, tenante mian mini-transistoro gluita al mia orelo, mia "mekanismo" - mia blua mopedo - Mi pentris nigra post proponi lin longan sieĝon, anstataŭe selo-kiu-estis-bumpkin. Granduloj ili stiris en Flandria, havantaj rapidoj.

     Mi memoras la monumentan vangofrapon ricevita de la Direktoro de la lernejo, kiam li kaptis min en la necesejo de la lernejo, la cigaredo (P4) en la buŝo.

     Mi memoras la bovfekaĵo sur la flankojn; oni vidis nur unu fojo ekde la marbordo per buso.

     Mi memoras la doloron de brulvundoj al la fingroj, per ludi iu ludostetoj sur la asfalto.

     Mi memoras la plej malpeza pezo, ankoraŭ mankanta en ĉiuj skatoloj pezo de ĉiuj lernejoj mi hantis, infano kaj plenkreskulo.

     Mi memoras la "Tôlé" Citroen, giganta, ricevita por Kristnasko, farita de mia patro.

     Mi memoras, ke ni faris literaturan heroaĵoj transformante literojn. Por "Belles Belles Belles" mi forgesis ... Sed mi memoras tre bone ke "kiam mi aŭdas la trajnon fajfantan" igis ", kiam mi aŭdas la hundon pisantan."

     Mi memoras tiun virinon (kiujn ni nomas "Madame Moustache"), kiuj sidis en la trolley, truadinta niajn biletojn. Sidante en la antaŭa flanko de la ŝoforo, ŝi turnis sian malgrandan krankon tutan tagon, markante niajn etajn skatoloj. Ŝi ofte paroladis, kiel multaj homoj en tiu tempo, duone franca duone bretona, kaj regulaj pasaĝeroj ekkriis: "Nu, movi sur! ĉiu havas sian bileton en la malantaŭe*? »

     Kaj fine, mi memoras - sed ne diras al iu ajn ... - havas, kun amikoj, tiris la elastajn kalsonojn de knabinoj, sed en tuta honoro: Ni bezonas fari nian "blettes" (frondoj, slingshot).

    Sed ĉi tiu ne estas memoro, estas konfeso ...

    *maltradukebla vortludo : "arrière" = malantaŭe. "derrière" = malantaŭe, sed ankaue "postajo" ...

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  • Commentaires

    1
    Samedi 22 Novembre 2014 à 07:09
    Excellente idée ces "je me souviens". Qu'ils est bon parfois de se remémorer les souvenirs agréables d'enfance et de jeunesse. j'ai aimé. Beau week-end et à lundi.
    2
    Samedi 22 Novembre 2014 à 14:12
    ah j'ai souri et me^me ri en lisant ces souvenirs...pas facile de trouver ceux qui font partie d e la mémoire collective, mais en tout cas le Kodak d e communion avec ses flashs cubes, je l'ai eu moi aussi....
    3
    Samedi 22 Novembre 2014 à 17:26
    que de souvenirs
    4
    Samedi 22 Novembre 2014 à 18:39
    justement sur mon autre blog (c'est le lien que j'ai utilisé), j'ai fait dans le souvenir cette semaine. Intéressant de voir sur des textes élaborés ce que donne l'espéranto.
    5
    JC
    Dimanche 23 Novembre 2014 à 09:38
    Dans ton souvenir N° 5 J'ai l'impression de voir mon frère et dans l'avant dernier, me voir le jeudi quand j'allais à mon cours de piano en trolley ! Merci, çà fait du bien de se souvenir. Bon dimanche. Amitiés; Joëlle
    6
    Dimanche 23 Novembre 2014 à 18:26
    De très beaux souvenirs, tout vivants encore !
    7
    Dimanche 23 Novembre 2014 à 18:40
    Comme si c'était hier, et pourtant ... ! Quand on commence, un souvenir en amène un autre, et encore un autre, et le fil se déroule ...
    8
    Samedi 29 Novembre 2014 à 08:09
    Génial ! C'est bien écrit, sans nostalgie et avec humour !
    Des souvenirs qui sont loins et pourtant si proches.
    Un bon moment de lecture en tout cas !
    Merci d'être venu... Bon w-end et Bizh !
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