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    Nous pouvons nous retrouver ici :

    à bientôt !
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  • La distribution des prix.

    Celle qui a rougi s'avance à petits pas.
    Celui qui l'a nommée la regarde d'un air tendre.
    Celle qui n'a pas eu les honneurs du podium trépigne et enrage.
    Celui qui semble être son père est anéanti de honte.
    Celle qui triomphe aujourd'hui embrasse le père et la fille écarlate, et ils s'en vont.

    Un triomphe aujourd'hui, oui mais c'est son quotidien. Sa petite tête dodeline lentement lorsqu'elle remarque, avec délice, que tous la regardent. Sa bouille ronde rappelle qu'elle est encore une petite fille, qui arbore une jolie chevelure blonde de reine, dont les nattes sont le diadème. Ses lèvres forment en permanence une moue qui se veut désabusée, comme si elle dégustait du thé le petit doigt en l'air, en vérifiant les plis de sa jupe bleu marine.Les petits yeux de souris, que l'on devine derrière les lunettes teintées, brillent d'une malice mêlée à une sorte de dédain.

    Son frère la taquine souvent, arguant qu'elle fait encore sa tête de pique-gaufres ... Il ajoute: «Tu es encore petite, tu sais, mais tu as déjà des allures de grenouille de bénitier !"Tout ce paquet de cruelles vérités lui est revenu à la figure. L'air supérieur, la morgue, le dédain, tout a disparu. Elle passe devant le père et sa fille, sans se retourner.
    Loïc
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  • PANGRAMME

    Ahurissant,
    Bêtifiant,
    Ce scénario
    Délirant ...
    Emotions ?
    Fadaises
    Gargantuesques,
    Honteuses,
    Idiotes.
    Jargon,
    Karaoké,
    Lénifiantes
    Mièvreries
    Navet.
    Obscénités
    Paralysantes
    Qui provoquent.
    Rouges
    Sourires,
    Tonitruant
    Univers,
    Vaines inspirations,
    Waterloo ...
    Xénophon trahi,
    Ys dernier voyage,
    Zeus rit.
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  • Nous sommes de celles ...

    Nous sommes de celles qui ne parlent jamais, qui se taisent parce qu'elles le doivent et parce qu'elles ne veulent pas qu'ils sachent qu'elles sont femmes, femmes blessées. Elles, savent qu'elles doivent se taire et obéir à tout ordre.
    Nous sommes de celles avec qui tout est permis, tout, et surtout le pire.
    Nous sommes de celles qui encaissent, celles dont les os craquent, celles dont le regard est un lance-flammes mais ont appris à ouvrir grands les yeux, sur elles et le monde, et qui sauront en faire une arme.
    Nous sommes de celles envers lesquelles tout n'est plus permis, celles qui parlent haut et fort, qui crient, qui se révoltent, qui abattent les tabous, qui savent maintenant déposer plainte, celles qui affirment que leur corps leur appartient.
    Nous sommes de celles qui ont obtenu ... le droit de conduire une voiture ...
    Nous sommes de celles pour qui l'espoir n'est plus un vain mot. Celles qui se battent.

     Que la révolte est jolie !

    Ce texte représente une petite partie du travail que nous produisons (oh, ces mots !) lors de nos rencontres dans l'atelier in vivo "l'écume des mots".
    Voir ICI
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  • <header class="entry-header" style="background-color: white; color: #444444; font-family: 'Open Sans', 'Helvetica Neue', Helvetica, Arial, sans-serif; line-height: 30px; transition: opacity 0.3s linear;"></header>

    Les teintes les plus vives se prêtent à nos regards, se chargent de peindre en couleur gaieté les murs blancs et nous invitent à nous envoler, ou mieux à naviguer vers les paradis.

    Sur un des tableaux , une île, toute petite, humble, déserte.

    Mais soudain, lorsque l’enfant paraît, souriant, un groupe bigarré et un peu grotesque surgit derrière lui, et entame une chanson.

    Tout de jaune vêtu, Casimir court vers moi, dégoulinant de gentillesse et de barbapapa, et me couvre de baisers, tandis que l’hymne de l’île aux enfants emplit l’espace …

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  • <figure class="image-align-center" style="box-sizing: border-box; font-size: 14px; margin: 10px 0px; max-width: 100%; text-align: center;"></figure>
    Sur le blog-atelier "Miletune : sujet semaine 35/2017 - clic


    Comme la nuit tombait, Gilles se décida à rentrer. Mais il se sentait progressivement attiré, aspiré, par le ciel irréel, par ce trou qui l'enjôlait, l'hypnotisait, irrésistible.

    Les Gilles, dans le Nord, sont connus pour se débrouiller avec tout ce qui se présente, vraiment tout, et surtout aux vertes et aux pas mûres, pendant leurs défilés débridés ... Mais, sur ce coup-là, Gilles s'était soudain retrouvé seul au bord de la plage, sur la corniche, le long des cabines. Et il ne s'était jamais senti aussi bien depuis longtemps. Il était déjà ailleurs, épiait, scrutait, ressentait que ... qu'il s'élevait, doucement, délicieusement, jusqu'aux limbes !

    Ses collègues de travail étaient accourus sur le bord de mer dès sa disparition, car ils le connaissaient : un gilles maritime d'une espèce très particulière, très aimable mais totalement imprévisible.

    Soudain résonna sur la mer un long coup de klaxon. Le ciel s'était déchiré. un trou énorme se découpait à travers les nuages. Une très grande silhouette noire, creuse, vide : celle de Gilles. Elle commença à avaler tout doucement, puis plus fort, puis comme un gigantesque aspirateur, toute l'équipe. Des volées de coups de klaxons les attiraient, les piégeaient telles des sirènes.

    Ils pénétrèrent tous, formant une jolie ronde, dans la brèche à présent béante. Ils prirent la main de Gilles et tout ce monde disparut en affichant de beaux sourires  ...

    Alors se referma ce que l'on nomme depuis ce jour "le trou de Gilles", sous de lourds grondements de tonnerre.

    Loïc, 27/08/2017
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  • La goélette "Recouvrance"
    Brest
    Une ville qui m'est chère
    Le berceau de ma famille
    Des sons, des chansons, qui portent un patrimoine
    Chants de vie, de désespoir
    De luttes
    De camaraderies
    D'espoirs
    Brest-la-Rouge
    Blessée mais vivante.

    En hommage à tous les anciens qui connurent une catastrophe
    Personnelle ou collective
    Du Brest d'avant-guerre (video et audio, 45 minutes)
    Au Brest d'aujourd'hui (diaporama)

    Voici, à suivre, les "mots de vie" d'un Ti Zef.
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  • Mon nid.

    Un nid, oui, (trop?) grand pour moi. J'ai quitté la ville de Brest, où je suis né en 1952. J'habite à présent, depuis 1983, dans un charmant village de Cornouaille, en sud-Finistère. La mer des "bâtiments gris" - les bateaux de la Royale - a laissé la place, dans mon horizon, à celle des plages, des campings.
    Je suis resté "attaché par les tripes" à cette ville, par mon histoire familiale, par l'Histoire, dans laquelle elle a joué un grand rôle, et surtout par l'étrange parfum qui monte vers tous ses habitants, anciens comme nouveaux.
    De l'Histoire, oui, bien sûr. Mais ... "de l'art ?", diront certains. En effet, derrière les façades austères ("staliniennes", peut-on entendre !), les rues bétonnées et quadrillées lors de la Reconstruction, se cachent des trésors : le patrimoine maritime (photos, chants, livres, tableau, films ...)
    Brest, "au nom qui claque comme un drapeau", est touchante et fait preuve d'une forte identité. Plusieurs éléments de son histoire contemporaine sont parties intégrantes de la vie de ma famille; je ne puis donc pas me résigner à en interrompre l'étude, avec une nostalgie qui tente ne pas noyer l'objectivité. Je vous invite mes prochaines pages sur ces sujets, espérant que vous y trouverez votre compte et ressentirez mes émotions.

    Depuis 1954, la SEBL (Société des Etudes de Brest et du Léon) élabore des articles, souvent très érudits, et toujours très bien documentés, qui sont publiés dans les "Cahiers de l'Iroise", une mine précieuse.

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  • Romuald Goudeau, http://www.unjourunephoto.fr/
    Un grand mariage n'est pas un couple parfait qui se réunit 

    mais plutôt un couple imparfait qui apprend à apprécier ses différences.

    Dave Meurer
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  • Prévert est indémodable. (Photo DR)

    La compagnie amateur du Théâtre des Pas Sages et sa metteure en scène Annie Delaunay nous ont proposé un spectacle intitulé « Rappelle toi Jacques Prévert », le vendredi 23 à 20 h 30, à l'Archipel. Un hommage au poète disparu il y a 40 ans.
    « Réalité sociale » pour artiste multiple
    La troupe est née en 2010 et présentera son troisième spectacle, après « Faut pas payer », de Dario Fo, créé en 2011 et « Pièces détachées », de Jean-Michel Ribes en 2014. « Nous aimons travailler les textes drôles et ancrés dans la réalité sociale. C'était le cas pour nos deux premiers spectacles et celui-ci, bien qu'écrit en 1935, est totalement contemporain », explique Annie Delaunay. Les quatorze comédiens amateurs fouesnantais s'en donnent à coeur joie. « Jacques Prévert est parti il y a 40 ans, mais il nous reste dans le domaine scolaire. Son nom est connu de nos enfants pour ses poésies, apprises au fil des années, de préférence toujours les mêmes. Et pourtant, quel talent : cinéma, chansons, théâtre, poésie, il a touché à tant de domaines ».
    Textes, poèmes, chansons, dialogues de film
    La première partie du spectacle rassemble des poèmes, chansons, dialogues de film, textes connus et moins connus. Au cours de la seconde partie, les comédiens ont interprété un sketch intitulé « Revue bretonne, suivez le druide », écrit pour le mythique groupe Octobre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Octobre 
    Il fut, à l'origine, présenté le 16 juin 1935, à l'occasion d'une représentation en plein air à Saint-Cyr-l'École dans le cadre d'une fête organisée par la « Ligue des Bretons émancipés ». « Ce texte est anticlérical, le rôle du recteur était joué par Jacques Prévert lui-même, contre l'exploitation du peuple breton par l'ordre établi. Mais il est aussi d'un humour féroce et se moque allègrement des touristes venant chercher le « pittoresque de la Bretagne », poursuit Annie Delaunay. « Ce texte n'a été joué que quatre fois par le groupe Octobre. Raymond Bussières et Roger Blin faisaient alors partie de la troupe ». 


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  • Je sentais que mon blog se languissait, 
    s'ennuyait d'une façon dramatique, 
    et n'allait pas tarder à dépérir ...
    Aussi, je profite d'une "étape connectée", 
    là où je me trouve, 
    pour vous proposer à nouveau une nouvelle 
    que j'ai eu tant de plaisir à écrire.

    Une nouvelle : Guerlédan.

    Chapitre un.

    Autour du lac de Guerlédan, et particulièrement sur sa rive droite et près du barrage, un nombre important de curieux arpente aujourd'hui le sentier de promenade d’où l'on peut d’ordinaire accéder aux campings, aux aires de détente de détente, de pique-nique, ou même à l’aire d'initiation au ski nautique.

    Mais rien de tout cela, en ce mois de mai 2015. Si tant de monde commence à se bousculer depuis les parkings aménagés pour l’occasion, la raison en est particulière. C'est l’assec du lac, un événement assez rare. L'entretien du barrage est très régulier, assuré par les vérifications minutieuses de techniciens, toutes les deux semaines, jusque dans ses entrailles. De plus, une étude plus approfondie de ses structures et de leur état, ainsi que de ses machines, se déroule tous les dix ans.
    Le dernier assec, c'était en 1985, et cela avait déjà représenté une occasion de rassembler des milliers de personnes. On a jugé, trente ans plus tard, avec l’assentiment de la compagnie d’électricité, que le barrage réclamait une autre vidange, pour être rassuré (et rassurer la population !) : On n’ose même pas imaginer la catastrophe, si
    ……….
    • « Tu reviens, j’ai dit ! Oh mais, tu commences à nous embêter sérieusement, toi ! Attention, ça va être le retour immédiat au coffre de la voiture, si tu continues ! »
    Louis, le maître du petit chien si turbulent, feint la colère, pour garder son autorité.Il est en réalité un homme très calme, posé, et qui sait bien s’y prendre avec les animaux. Fridu, donc, tête baissée, ferme la lente marche. Louis vient de fêter, à soixante ans, son départ à la retraite, et apprécie comme jamais les promenades.
    Quelques mètres en avant, Pierre, le père de Louis, mène la file. Il se tient bien droit, fièrement, s’aidant d’une élégante canne noueuse, qu'il protège plus que tout, tant ellelui est précieuse. Il marche encore, régulièrement, il s’y astreint, mû par un orgueil qui dirige ses actes et ses pensées. Mais cet exercice est devenu tellement difficile qu'il doit y engager toute son énergie et sa volonté sans faille, du haut de ses quatre-vingts douze ans. Sa canne est le signe, noble et respectable, le dernier sans doute, de sa position hiérarchique. Il est le chef incontesté de toute la lignée familiale, le pater familias, auquel ils se réfèrent tous, respectueux et toujours obéissants, car il ne peut pas se tromper, on ne peut donc pas le contredire. Ils l’adorent, ce qui n'est pas incompatible.

    Le spectacle de cette vallée asséchée est extraordinaire, étrange, indicible, indescriptible. Un seul mot : une vision lunaire. Une immense gangue de boue séchée (qu'il faudra, durant les travaux, désenvaser en partie ; des camions s’y sont déjà mis) garde des vestiges de vie : pans de maisons, de cabanes, arbres pétrifiés, comme les troncs que l'on enfonçait jadis dans l’amont de la Penfeld, à Brest, pour les durcir et en faire des mâts, à l'époque de la marine à voileEtrange, plus qu’inquiétant, le panorama d'un monde irréel, extraterrestre, peupléde fantômes, de légende et de korrigans qui, c'est certain, grimpent de temps à autre sur les berges pour les hanter.

    Louis et son petit-fils Pierrick marchent derrière l’aïeul, sans jamais chercher à le dépasser. Ils veillent à ne pas frapper malencontreusement la canne, par le choc d’un pied qui voudrait accélérer, et le déséquilibrerait : Honte, injure, sacrilège !
    • « Regardez ! s’écrie Pierrick : La maison, et l’écluse du Rond-Point, à côté ! On dirait qu’elle laisse encore passer de l’eau !
    Louis, alors, lui apprend que « l’eau qui coule, c’est normal », car le cours d’origine de la rivière Blavet a repris, provisoirement, et naturellement, ses droits. Elle s’écoulera ainsi durant toute la durée des travaux : Six mois, sur le barrage et les versants de la vallée.

    Pierrick - est-ce à cause de son âge ?n'est pas resté longtemps impressionné, et entreprend d'expliquer à son père et à son grand-père, assis pour faire une pause sur un tronc couché, ce qu'il a appris au cours de l'année dans son CM2 : les écluses, les vannes, les biefs, puis s’aperçoit assez rapidement que ses deux aînésconnaissent tout cela par cœur ! Leurs mimiques amusées le lui signifient bien, bien que son grand-père semble préoccupé, la tête ailleurs et le regard fixé sur l’écluse, là, en bas …


    Chapitre deux.

    Le grand-père décide que le moment est arrivé pour lui de prendre la parole. Cela ne lui est pas arrivé depuis plusieurs mois, car il s'essouffle rapidement et il a aussi une tendance à s’isoler, à s’enfermer dans ses songes. Il va donc parler lentement, gravement, car ce qu'il veut dire s’y prête. Il va s'économiser, donner ainsi plus de poids et de solennité à ses déclarations.

    • « Écoutez moi, Louis et Pierrick. Je sais, Louis, que tu as déjà entrepris, dès l'heure de ta retraite, d'accomplir ce qui t’apparaît comme un devoir, un cadeau pour ta postérité : Tu vas nous raconter, tu vas dire, tu vas coucher, toi le grand féru d’histoire, celle de notre famille. Eh bien, je veux, tant que j'en suis encore capable, y participer. En effet - il se racle la gorge, mais continue sans hésiter - je sais des choses, des choses qui n'ont jamais été dites.
    • Je vais vous raconter l’histoire de mon papa, votre ancêtre. Il s'appelait Julien. Il aurait eu cent-dix sept ans exactement aujourd'hui. Un grand homme, pour nous (mon frère, ma sœur et moi, le petit dernier).
    • Pendant mon enfance, la région et tout le centre-Bretagne, étaient bien plus actifs qu’aujourd'hui, grâce au canal, ce fameux Canal de Nantes à Brest, qui a apporté la vie, le commerce, les échanges humains, les rencontres, et même parfois les mariages entre « pays » et « étrangers ». Mon père Julien vivait de lui, grâce à lui, car il était marinier. Il adorait son métier, cela se sentait même s’il n’en parlait que rarement. Toute l'année ou presque, il dirigeait sa grosse gabarre, chargée de blé ou de pièces mécaniques usinées au port de Brest, quand il descendait vers Redon ou Nantes, ou alors il remontait vers Brest pour y porter des barils de vin et toutes sortes de précieuses marchandises provenant des pays lointains.
    • Lorsqu'il prit connaissance du projet de barrage, il fut épouvanté, devint comme fou et rejoignit aussitôt le groupe important des habitants des villages, qui ne voulaient pas voir disparaître tous leurs biens, leurs terres, leur gagne-pain, leur vie simple mais irremplaçable.
    • Ils eurent beau se battre bec et ongles, les gens de l'Electricité gagnèrent, car l'argent est toujours le plus fort. On vit alors, durant des années, monter ce monstre de béton. La construction fit des blessés, des misères, et les ouvriers se plaignaient sans résultat de la petitesse de leur salaire, « tout juste bon pour des Bretons », avait entendu dire Julien, un soir, par des ingénieurs cyniques.
    • Mon père était connu pour être un taiseux, bourru, antipathique et misanthrope, surtout après ce début de chantier qui était pour lui un drame. Il n’aimait que son chien Youki, qui l’accompagnait dans ses longues promenades dans la forêt, quand une escale lui en offrait le loisir. Ses rares voisins le nommaient « le berger » : Il en avait le comportement solitaire et renfermé.
    • Un seul homme lui convenait : Mathieu, l'éclusier. Il était fréquent que Julien fût logé chez lui, lors de ses escales au « Rond-Point ». Il profitait alors du gîte et du couvert, et d’une solide amitié, semble-t-il, qui avait peu à peu amadoué cet homme sauvage. Julien appréciait très sincèrement Mathieu, qui régnait en seul maître sur son écluse et sur son potager, ses royaumes. »


    Chapitre trois.

    Et Pierre parle, lentement, pesant chacun de ses mots, d'une voix monocorde ; Louis et Pierrick sont hypnotisés, subjugués par son récit. Fridu, lui, en a assez de cette immobilité forcée. Il s'agite à nouveau, court comme un fou sur cinquante mètres, revient en haletant, repart en aboyant Rien n'y fait, ni les ordres ni les caresses.
    • « Je n'y comprends rien, il se passe certainement quelque chose » s’inquiète Louis. Pierrick, va donc le promener, cela devrait le calmer ».
    Pendant toute la durée de cette interruption, Pierre est resté immobile, statufiécomme le paysage, et muet, les yeux mi-clos. Il revit de toute évidence des événements important et douloureux. Puis il s'adresse à son fils :
    • « Ton grand-père Julien parlait souvent à la famille d'une façon bizarre : Il affirmait se trouver au centre d'un combat, de luttes, de persécutions. Il exprimait des regrets, des rancoeurs, tout cela de manière diffuse, imprécise, sans parvenir à poser des mots sur ses maux. Son métier, ses combats, ses échecs ? Il était, disait-il, accablé de remordsdes remords, pourquoi … ? Personne n'avait jamais eu la moindre réponse.
    La voix de Pierre s’était peu à peu affaiblie, devenant presque inaudible. Son visage était empreint d’une immense tristesse. Il semblait être un enfant perdu, tout son être souffrait d’une détresse profonde.
    Mais Pierrick revient, il a réussi à calmer Fridu et il s'assoit près des deux hommes.
    Alors Pierre, s’efforçant de ne rien laisser paraître, se lève avec peine, et ordonne, d’un ton n’admettant aucune réplique :
    • « Nous allons descendre à l'écluse ! »

    Chapitre quatre.

    Pierre a repris la tête de la marche. Cettefois il marche d’un pas bien plus assuré, comme si ses déclarations l’avaient libéré, lui donnant des ailes. Louis et son fils le suivent, impressionnés, s’interrogent, se regardent souvent, sans trouver que dire. Ce trajet semble interminable. D'un sentier de forêt, ils atteignent progressivement le bord de ce qui est « normalement » un lac. Plus aucune trace de vie, si ce n'est un amoncellement de détritus de toutes sortes répandus sur le fond, jetés par les touristes qui visitent en bateau, ou par les passants
    Un embarcadère, prèsde la passerelle du départ du ski nautique. Pierre reprend la parole, tous s’arrêtent de nouveau, se figent.
    • « En 1930, tout a été fini. La mise en eau était terminée, Julien n'avait plus aucun espoir de garder son travail, d’autant que le canal allait être incessamment fermé à la circulation. Il trouva bien par intermittence des travaux en louant ses services comme journalier, errant de ferme en ferme. Cela ne dura qu'un temps, car cette situation lui était insupportable.
    • Mon père repéra alors l'embarcadère : Un ancien langoustier, le Sans-Gène, avait, avant la fermeture du canal, été racheté, remis en état et conduit de Croix-de-Vie, en Vendée, jusqu'à Brest. On l’avait rebaptisé le Gwen ha Du, et dirigé avec des précautions infinies jusque Guerlédan. Il remplirait dès lors les fonctions de « bateau de tourisme », faisant à longueur de journée, en été, le tour du lac Julien y trouva un emploi de matelot-mécanicien, qui lui convenait bien mieux. Je me souviens bien : Il semblait avoir débusqué un vrai travail, il s'y investissait. On le voyait même … sourire, assez souvent ! »


    Chapitre cinq.

    • « Tout n’allait pas si bien, hélas, continua Pierre. Assez rapidement, le visage de Julien reprenait son expression de grande fatigue, de renoncement, de remords, de désespoir. Et cela se passait, curieusement, surtout lorsqu'il venait de terminer une de ses navigations autour du lac, alors que le Gwen ha Du passait juste à l’aplomb des écluses englouties ... »
    A-t-il entendu le nom de ce bateau ? Fridu tremble. Il gémit, tire sur sa laisse …

    Tous approchent maintenant de l'écluse, puis de la maison. La boue colle aux bottes, mais après plusieurs jours d'assec, c'est praticable. Une grande émotion les envahit soudain, et leur coupe le souffle.

    Des bruits curieux, de terre remuée et de siphon : Fridu creuse, enragé, insensé, frénétique. Pierre n’y tient plus, devient fébrile. Sa canne ne le supporte plus, il n'en a plus besoin d’ailleurs, il l’a oubliée.
    Il passe derrière la maison, dans l'ancien appentis. Louis doit l'empêcher de s'écrouler, lui tape les joues pour éviter l'évanouissement : Fridu revient, tenant dans la gueule une petite boîte en cuivre, en bon état, ornée d'une ancre de Marine.


    Chapitre six.
    Au retour du lac, Pierre a exprimé, dès son retour à la maison, son grand désir de voir toute sa famille rassemblée. Il est bien conscient d'avoir pris un sacré coup lors de cette aventure. Il ressent un besoin irrépressible de rompre le non-dit.
    • « Mon père Julien se confiait beaucoup à moi. Mes frères et sœurs ne lui en semblaient pas dignes, je n'ai jamais pu savoir pourquoi
    • Alors, voilà : Julien, du temps où il était marinier, s’amarrait habituellement chez Mathieu l’éclusier, oui. Mais, trois ou quatre ans avant le début de la construction du barrage, il s'arrêtait aussi de plus en plus souvent – à l'écluse de Trégnanton, en aval. Il y rencontrait une douce Marie

    Marie était la fille de cet éclusier. Mais l’homme était aussi c'était chose courante ardoisier, et de plus, propriétaire de plusieurs hectares de terres, confiées à des fermiers. Il vivait donc bien confortablement, et envisageait d'un très mauvais œil la préparation d’éventuelles noces entre sa chère Marie et ce « coureur de jupon » (Des rumeurs circulaient dans la vallée, qui répandaient, à tort, ce surnom).
    Pierre continue :
    « Un soir, mon père m'a appelé. Au bout de pénibles efforts Il m'a avoué : il avait dérobé cette boîte en cuivre dans la gabarre d'un copain. Il l’avait garnie d'une bague, qu’il offrirait à Marie, à l'occasion des fiançailles qu'il espérait tant


    Epilogue.

    Louis a bien observé la boîte. Elle est bien sale, mais il parvient, avec peine, à l'ouvrir : elle est vide.

    Et Fridu tourne en rond, éperdument
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  • Dialogue entre deux chanteurs.

    Oh, tais-toi toi donc, Edith ! Les gens n'apprécient en toi que tes goualantes et ta voix qui impressionne !
    Qu'est-ce qui te prend, eh toi, l'abbé Brel ? Tu t'étonnes d'avoir du mal à percer : Tes petites chansons bien-pensantes, ça ne casse pas trois pattes à un canard ! Toi, c'est ton physique qui attire. Oui, ton physique, ton visage taillé à la hache, et tes longs bras, interminables, qui cherchent l'infini…
    Tu verras, la Piaf, que mes bras seront bientôt assez longs pour faire le tour du monde. Nous avons au moins cela en commun : nous adorons les voyages !
    Constates-tu aussi, Jacques, que le monde est uniforme et que l'Homme (ou la Femme) est partout rongé par les mêmes questionnements, et habité par les mêmes joies, les mêmes espoirs ?
    - Tu sais, Edith, les gens comme nous sont différents. Je ne dis pas meilleurs, ou plus doués, ou plus intelligents. Comme des millions d'autres, ils font de la chanson qui a quelque chose à dire. Le talent consiste à pouvoir le dire, et surtout à avoir les outils pour le dire. Je pense que ta quête perpétuelle de l'Amour, avec un grand A, est finalement le masque d'un malaise bien profond, que les humains ont bien des difficultés à exprimer.
    Ce serait donc ça va, mes hésitations, mes départs, mes retours, mes plongées dans l'abîme, mes ongles accrochés à la scène ?
    Sans doute, Edith. J'ai lu un jour : « Les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux »…
    J'ose, Jacques : Penses-tu que nous sommes des comédiens et que nous promenons partout nos masques ? Crois-tu que nous pourrions un jour mourir sur scène ?
    ... Ici, une indication scénique :
    Il baisse les bras, tourne les talons et disparaît, tête basse.

    Loïc
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  • Jean d'Ormesson s'est certainement beaucoup amusé, en écrivant ce billet d'humour :

    «Myope comme une taupe», «rusé comme un renard» «serrés comme des sardines»... les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les fables de La Fontaine, ils sont partout.

    La preuve: que vous soyez fier comme un coq, fort comme un boeuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, vous êtes tous, un jour ou l'autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.

    Vous arrivez à  votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là , ... pas un chat!
    Vous faites le pied de grue, vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin.
    Il y a anguille sous roche et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon, vous l'a certifié: cette poule a du chien, une vraie panthère!
    C'est sûr, vous serez un crapaud mort d'amour.
    Mais tout de même, elle vous traite comme un chien.

    Vous êtes prêt à  gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive.
    Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard.
    Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu'une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine.
    Une vraie peau de vache, quoi!
    Et vous, vous êtes fait comme un rat.

    Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe.
    Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez, mais vous sautez du coq à  l'âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l'envie vous prend de pleurer comme un veau (ou de verser des larmes de crocodile, c'est selon).
    Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre.
    C'est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce.
    Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d'ours mal léché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie.
    Et puis, ç'aurait servi à  quoi de se regarder comme des chiens de faïence.
    Après tout, revenons à  nos moutons: vous avez maintenant une faim de loup, l'envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d'autres chats à  fouetter.

    Voici, d'après ce billet d'humour de Jean d'Ormesson : 
    « Le français est une langue animale »

    Gaie comme un pinson, elle chantait comme un rossignol à longueur de journée, même dans sa salle de bain, où, fière comme un paon, elle s'imaginait déjà en Présidente de la République.
    Son frère était sorti un quart d'heure auparavant de la baignoire, nu comme un ver, rouge comme un homard. Il était temps, d'ailleurs, pour lui de prendre son bain, car il était arrivé puant comme un putois, moche comme un pou dans ses vêtements usés jusqu'à la corde, tant il était radin comme un rat, un hérisson dans la poche.
    Il s'apprêtait à descendre à la cuisine, et à engouffrer, gourmand comme un goéland, deux ou trois baguettes de pain couvertes de beurre. Sa sœur lui avait reproché plusieurs fois de se goinfrer ainsi, elle avec son appétit de moineau, si ridicule. Il en gardait un chien de sa chienne…
    Le frère et la sœur étaient comme chien et chat. Lui, donc, comme un agneau s'il faisait beau, devenait un ours mal léché par temps de froid de canard. Changeant comme un caméléon, il pouvait alors demeurer muet comme une carpe, ou se montrer féroce comme une hyène.
    Elle, rieuse comme une mouette mais bête comme une poule, posait souvent des lapins à son amant pour s'amuser à lui chercher des poux dans la tête alors qu'il était endormi comme une marmotte, pour la sieste.
     Quelle vie de chien … !
    Loïc
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    15 commentaires
  • Des mots … : « soleil – lune – étoile – nuage – pluie. »
    Une ambiance, un thème d’écriture …


     
    Début d’automne.
    J’ai marché, bougé, me suis activé toute la journée, puis arraché à l’agitation des courses effrénées. A présent les étoiles apparaissent, jouent à cache-cache avec les nuages menaçants. La lune va devoir batailler pour luire cette nuit, mais elle sait que brille, en cette soirée, le plus beau des soleils : l’ami personnel qui m’accompagne toujours dans un coin de la tête, surtout quand tout n’est que pluie, quand tout est noir.
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