•  Dromadaire

     
    Sous la pluie battante, l’homme courait, épuisé, l’air hagard, et trébuchait sur les pavés des vieilles ruelles, impitoyables. Il émettait des gémissements confus, incompréhensibles. « Qu’ai-je donc fait ? Que m’arrive t’il ? … »
    Il allait crier grâce et s’agenouiller devant ses bourreaux, qui ricanaient derrière les essuie-glaces du taxi mauve. La voiture brillait de mille feux devant les néons multicolores. Il était englouti par cette immense fête foraine impromptue, et commençait à divaguer, près du délire.
    La grande roue vibra, hoqueta puis s’immobilisa net, trois jeunes femmes en tombèrent en hurlant.
    Il souleva les pans de son complet marron, profita du désordre pour disparaître en cinq-sec dans la foule.
    Cela se passe à Paris, paraît-il. Paris, oui, mais où ? Un monument, oui. Le monsieur, là, devant … Il marmonne, un rictus aux lèvres. Ou alors est-ce un sourire ? Ou alors il s’ennuie. Eh bien oui, mais il est payé pour ça.
    Un chameau à Paris, oui. Non, un dromadaire.
    Comme Nathalie à Moscou,
    Brel à Bruxelles,
    Les demoiselles à Rochefort, oui, bon, Il s’ennuie, baye aux corneilles même si on n’en trouve pas ici, à s’en décrocher la mâchoire. Les femmes qui ont chaud piétinent et elles s’ennuient aussi.
    « Tiens, elles vont faire les magasins », constate t’il gravement. "ne bouge pas, Dromadaire, surtout pas ». Et elles magasinent, elles emmagasinent - le dromadaire est là pour porter - elles usinent, petites demoiselles des magazines, elles ont chaud, encore plus chaud, et elles n’aiment pas ça et grimacent. L’homme dégouline tout autour, partout, dégouline - que c’est sale -, coule, se répand, ne répond plus de rien, inonde les bords de Seine.
    Il rêve d’une cigarette, la dernière sûrement et c’est tant mieux. Les femmes ont disparu, happées par les vitrines alléchantes. Les vitrines dégoulinent aussi, à présent. La voiture-balayeuse passe, impuissante.
    Une Camel. Il rêve d’une Camel. Comme celles d’autrefois. Comme quand il fumait ça ou alors les Royale menthol. Mais ici pas de royales. Odeurs du désert, de transpiration, d’asphalte, de foule. Les pots d’échappement fument et enfument.
    L’homme pénètre dans la station de métro et se repaît de la gamme des parfums Camel, qui l’enivrent, et il s’envole doucement et gracieusement au-dessus du monument ...
     
    Loïc R.

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 20 Février à 18:22

    Un récit complètement surréaliste, est ce un rêve que tu nous racontes là?
    Bon retour Loïc

    2
    Vendredi 21 Février à 11:25

    Ce pourrait être un rêve, en effet ! un rêve complètement à l'ouest, déjanté, sans queue ni tête (quoique), comme je les adore.

    merci pour ton salut pour mon retour, cela me va droit au coeur.

    3
    Jeudi 27 Février à 21:35

    il faut rêver !

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